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L'anorexie mentale
La boulimie et l'anorexie sont deux troubles que l'on peut associer et qui peuvent alterner chez certaines personnes mais qui sont fondamentalement différents. C'est également un trouble du comportement alimentaire survenant principalement chez les adolescentes plus jeunes que les boulimiques (entre 12 et 20 ans) qui se traduit par : - un amaigrissement - une perte d'appétit, un refus de manger - une aménorrhée (interruption des règles) La jeune fille manifeste, malgré un état de dénutrition, une grande activité physique et intellectuelle, un refus de la fatigue, un certain état d'excitation. Certes l'anorexique a des problèmes avec la nourriture mais elle en a surtout avec son corps. Comme si sa devise secrète était : " moins de corps et plus d'esprit ". La sérénité qu'affiche l'adolescente anorexique est toujours frappante. Elle mène un véritable combat pour faire diminuer ce corps qui prend trop de place et qu'elle perçoit comme une menace. En ne mangeant pas, l'anorexique organise et contrôle un vide qu'elle situe au niveau corporel afin de se défendre d'un vide au niveau psychique. Malgré une perte de poids importante (qui peut aller jusqu'à 50 % du poids normal pour l'âge) l'anorexique se trouve toujours trop grosse et son désir éperdu de minceur la pousse à un comportement mettant en danger sa propre existence (restriction alimentaire, jeûne, prise de diurétique, de laxatif, vomissements). La faim de l'âme Dans sa faillite générale à prendre soin du Vivant, il est dans notre société décadente des êtres fragiles qui souffrent dans leur chair de cette absence de lumière: les anorexiques. Dans un texte d’une grande beauté et profondeur, Jacqueline Kelen propose un point de vue novateur, prenant en compte la vie intérieure, l’âme humaine et ses aspirations profondes. Car les «spécialistes» de la question, étant étrangers à toute vie spirituelle, ne peuvent pas comprendre les profondes frustrations de la jeunesse occidentale. Ils cherchent la roseraie et on leur indique le chemin de l’hôpital. Ils déplient leurs ailes encore fragiles et on les enferme pour les gaver. Ils rêvent de perfection et d’idéal et on leur parle de problèmes et de thérapie. Ils se sentent singuliers, ardents, et on les ravale au niveau de malades mentaux, de névrosés quelconques. Mais ils résistent, ils tiennent bon : leur âme a hâte de respirer le parfum délicieux que répandent les roses lointaines. Ces adolescents sont désignés par un terme clinique qui en dit long sur l’échelle de valeurs d’une société : comme ils ne mangent presque pas et qu’ils maigrissent à vue d’œil, on les taxe d’anorexie - un mot venu du grec et signifiant «absence d’appétit». Comme s’il n’existait que la faim du corps, le besoin d’ingérer des nourritures. Eux, ils aspirent à se détacher des contingences terrestres, à s’élever au-dessus des conduites communes. Et par cette désaffection des choses matérielles, par ce détachement radical, ils mettent en question le monde dans lequel ils se sentent à l’étroit, ce monde que l’on dit riche, en pleine croissance, satisfait de ses biens de consommation et qui se montre si opaque dans sa réplétion. On parle beaucoup de la faim dont souffrent diverses populations de la planète, et des organismes humanitaires, des associations caritatives tentent d’y remédier, ce qui est tout à l’honneur de l’homme. Mais cette famine visible et dont nous sommes tous informés ne saurait recouvrir ni évacuer le problème crucial de la faim spirituelle, de la soif de beauté et de transcendance dont le monde occidental se trouve accablé et qu’il continue de nier. Oui, aujourd’hui, en Occident mais aussi dans les pays occidentalisés, des jeunes gens s’épuisent et meurent de cette faim non reconnue. Ils s’avèrent de plus en plus nombreux mais personne ne veut admettre ce dont ils souffrent, personne ne veut entendre le cri qu’ils lancent dans ce désert spirituel que la société moderne a créé très minutieusement. Imaginons, en effet, que dans notre pays une adolescente se mette un jour à ne plus s’alimenter tout en continuant une vie active et studieuse. Les parents s’inquiètent, menacent, forcent la jeune fille à manger et essaient de la raisonner. Comme elle persiste dans sa conduite et s’amaigrit, les parents la conduisent chez un médecin ou, mieux, chez un spécialiste de la nutrition ; et si son cas ne s’améliore pas - puisque désormais elle est cataloguée comme «malade» -, on l’emmène chez un psychiatre ou un psychothérapeute. Là, le verdict tombera : l’adolescente est atteinte d’une maladie mentale (ou psychique, ou nerveuse), elle est «anorexique». Dès lors, elle sera prise en main, c’est-à-dire nourrie de force, et à ce traitement brutal on adjoindra des remèdes chimiques et des entretiens psychologiques. A ce stade quasiment irréversible, la jeune fille n’est plus de taille à lutter, à faire entendre ce qui la tourmente, ce dont elle a faim profondément. Elle n’a plus le cœur de se battre : après lui avoir assené un diagnostic psychiatrique, le plus souvent on l’a enfermée dans une clinique spécialisée ou dans un service hospitalier afin de la faire grossir. A qui désormais pourrait-elle faire entendre la plainte de son âme ?... Beaucoup de ces jeunes gens choisissent alors de mourir, de quitter définitivement la prison du monde. Les plus honnêtes, parmi le personnel soignant, parleront d’un échec médical. Mais en réalité il s’agit d’une défaite bien plus grave : d’une totale faillite spirituelle. Je soutiens que ce qu’on appelle «anorexie mentale» n’est pas une maladie. Que cette étiquette, inventée au XIXe siècle par des cliniciens et des psychiatres, vise à occulter et à juguler la dimension spirituelle présente en chaque être humain mais dont certains sont davantage conscients. Les jeunes gens qui s’affament souffrent terriblement mais ils ne sont pas malades, au sens prosaïque du terme. Et ils me touchent immensément : c’est d’abord à eux que ce livre s’adresse. Je les comprends. Leur sentiment d’exil, leur goût de la perfection, leur soif d’absolu, je les connais depuis ma petite enfance et ne les renie pas. Seulement, au fil des ans et des épreuves, j’ai trouvé des parades plutôt que des remèdes : l’étude, la création littéraire, la recherche intérieure. Grâce à la poésie, aux livres, à la musique, grâce aux oeuvres d’art et aux textes sacrés des diverses religions, j’ai appris que ce n’était pas un banal mal de vivre mais un désir éperdu de beauté, de lumière, une aspiration à l’infini. Ainsi cette nostalgie ou soif de l’âme que je ressens toujours vivement et dont je ne veux surtout pas être dépossédée se révèle une porte ouvrant sur un monde magnifique, irremplaçable mais non point achetable ; sur le monde de l’Esprit, au fond le seul réel, qui éclaire l’aventure terrestre jusqu’à son accomplissement. Au royaume de l’Esprit chacun peut avoir accès : par le silence et le recueillement, par une rencontre amoureuse, un partage de cœur à cœur, par une émotion esthétique, mais aussi par une épreuve, par la souffrance. C’est pourquoi j’estime criminels ceux qui s’ingénient à ruiner la conscience de l’homme - ce «prodige de la nature» que chante Sophocle par le chœur d’Antigone, ce «miracle» célébré par les humanistes de la Renaissance. Je n’aime pas ceux qui coupent les arbres à la racine, ceux qui tuent systématiquement les oiseaux. Oui, je suis du côté de ces jeunes gens affamés d’idéal mais qui ne perçoivent pas clairement l’origine de leur mal. Je les soutiens dans leur quête héroïque mais non dans leur refus de s’alimenter. Ils m’apparaissent comme l’«écharde dans la chair» d’une société repue, comme un cri déchirant la torpeur et la satisfaction générales. Et le traitement qu’on leur réserve est souvent trop injuste. Ceux qu’on persiste à désigner comme des anorexiques souffrent non pas d’une maladie ordinaire mais d’un tourment métaphysique. La nostalgie de l’âme n’a rien à voir avec un trouble du comportement, avec un dérangement psychique ou hormonal, rien à voir avec la nutrition. Cela se passe à un autre étage, en un lieu plus subtil, plus élevé. Loin de l’hôpital et du cabinet du psy. Au niveau de la roseraie. Leur quête de dépassement de soi paraît insensée à la plupart des contemporains et à juste titre elle fait peur par les effets ravageurs qu’elle entraîne. Mais elle n’en demeure pas moins une quête spirituelle qu’il s’agira d’alimenter au lieu de nier. Encore faut-il prendre en compte la réalité invisible qu’est l’âme. Je me suis demandé à quand remontait cette conspiration contre l’âme, contre la dimension spirituelle de l’être humain. Il y eut dans toute l’histoire de la philosophie une pensée matérialiste, illustrée par exemple par Democrite, Epicure ou Lucrèce dans l’Occident antique. Or, elle n’induisait pas une intolérance à l’égard des autres croyances et pratiques et elle ne niait pas l’existence des dieux mais insistait sur la vertu et sur la liberté de l’homme sans référence à une puissance supérieure ou à une providence. Mais jamais, semble-t-il, avant le milieu du XIXe siècle ne fut mené ce combat acharné contre les aspirations spirituelles de l’homme et contre le nom même de l’âme.[...] La lutte contre l’âme trouva à la même époque un important relais chez les médecins dits aliénistes [...] qui fondèrent en Europe l’institution psychiatrique, puis chez les inventeurs de la psychanalyse, Freud en premier. Pour celui-ci, la religion est une «nevrose universelle», toute aspiration de l’homme à la beauté, à l’amour, à l’éternité se voit ravalée à la «libido «, aux pulsions sexuelles, et l’âme est répudiée en faveur de l’inconscient. [...] En même temps, les aliénistes, suivis par Freud, mettent au point le vocabulaire pathologique (paranoïa, schizophrénie, narcissisme, anorexie...) qui désormais doit rendre compte de toute la vie intérieure de l’homme. Il n’y a plus de mystiques, seulement des «hystériques», de pauvres femmes qu’un Charcot exhibe à la Salpêtrière lors des leçons qu’il donne vers 1870 et auxquelles il convie la bonne société comme à un spectacle divertissant. Il n’y a plus d’extase ni de ravissement, seulement de l’angoisse et de l’hystérie, comme l’ont décrété ces autorités masculines. C’est ainsi qu’aujourd’hui, tristes héritiers de cette vision morbide de l’humain, nous nous trouvons dans l’incapacité de comprendre tout ce qui relève de l’ascèse, de la purification, du combat spirituel, de l’éveil de conscience. Sur toutes les conduites est plaqué un jargon psychopathologique qui remonte au XIXe siècle et qui fait fi aussi bien d’une philosophie millénaire que des traditions spirituelles les plus anciennes. Or, ce vocabulaire psychiatrique est non seulement inadéquat pour parler du monde de l’âme mais surtout il bâillonne une réalité essentielle dont des millions d’hommes dans leur vie et par leurs œuvres ont témoigné. Voilà pourquoi les jeunes gens étiquetés anorexiques ne peuvent être ni compris ni vraiment soignés: pour aborder le mal dont ils souffrent, il faut disposer d’instruments appropriés. On n’attrape pas une libellule avec un piège à loup... Si l’on dresse rapidement une liste des maux divers dont sont atteints les jeunes du monde occidental, on énumérera : la violence et la délinquance en progression constante, l’usage de la drogue, du racket, des armes, le jeu du foulard, les sévices et agressions commis contre des personnes de tout âge, y compris des enfants, les voitures incendiées, les vols à l’arraché... Et surtout, ce qu’on garde sous silence, les suicides de plus en plus nombreux : en France, par exemple, avec 12 000 suicides par an, c’est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes gens de quinze à vingt-quatre ans. Pour faire baisser le nombre d’accidents de la route qui causent bien moins de morts que les suicides de la jeunesse, on parle de prévention, on met en place des programmes d’intervention. Mais qui ose parler ouvertement de ce terrible mal qui frappe des adolescents désenchantés, sans espoir ? De temps à autre un colloque est organisé, qui réunit des «spécialistes» de la question, à savoir : des psychologues, des médecins, des éducateurs, des travailleurs sociaux. Toujours la même brochette. Et le malaise, les suicides ne régressent pas. Je me souviens d’une conversation que j’eus un jour avec Marie-Madeleine Davy, à qui je teléphonais régulièrement. Nous en vînmes à parler du suicide des adolescents et elle qui avait traversé tout le XXe siècle, qui connaissait si bien la philosophie médiévale et la ferveur des mystiques, me dit en baissant la voix : «Je ne devrais pas dire ça, mais je les comprends...» Arrêtons de parler, pour nous rassurer, de problèmes familiaux et sociaux lorsque la violence, la délinquance et le suicide des adolescents s’accrois sent dans un monde si douillet et en progrès constant. Arrêtons de faire des rapports d’expert, d’instaurer des commissions, de déléguer policiers, éducateurs et psychologues pour répondre au malaise profond qu’éprouvent tant de jeunes gens. Cessons aussi de croire tous ceux qui viennent vendre un nouveau «projet de société» ou mettre en place une nouvelle institution spécialisée. Oui, arrêtons enfin de tout mesurer à l’aune du social et de l’économique - en réclamant plus d’argent, plus d’aide, plus de logements, plus de personnel éducatif, etc. - ou de faire appel à la «citoyenneté», à la «solidarité», et autres termes généraux. Je soutiens qu’il s’agit avant tout d’un problème spirituel que la société moderne s’entête à nier avec la dernière énergie. Tant que la dimension spirituelle de l’être humain sera bafouée, non reconnue, le malaise gagnera toutes les couches de la société. Tant que l’on s’évertuera à calmer des symptômes au lieu de se tourner vers l’intérieur, vers ces ramifications de l’âme que le philosophe Heraclite disait si profondes, on restera dans l’erreur et dans l’impuissance. Même la «fracture sociale» dont parlent certains hommes politiques me semble de peu de poids par rapport à la terrible coupure d’avec le sacré dont le monde occidental est marqué. Je ne minimise pas ici ce qu’on dénomme l’exclusion, j’affirme qu’elle est une des conséquences de notre amnésie spirituelle, une des manifestations cinglantes de l’éradication de l’âme. Les adolescents qui se suicident ou qui se passent de manger, ceux qui recourent à l’évasion des drogues et de l’alcool, sont souvent loin d’être des exclus : ils ont une famille, un logement, de l’argent et font des études, ils reçoivent des soins de santé. Extérieurement, ils sont tout sauf défavorisés. Pourquoi donc ne se contentent-ils pas de cette simple «survivance» ? Qu’est-ce qui, en eux, parle plus fort ? Je réponds : l’aspiration à la transcendance.
La faim de l'âme
Jacqueline Kelen Presses de la renaissance Contacts En cas de besoin, vous pouvez contacter : Association Boulimie Anorexie Av. Villamont 19 1005 Lausanne tél. 021 / 329 04 39 Unité multidisciplinaire pour la santé des adolescents tél. 021 / 314 37 60 Hôpitaux universitaire de Genève département de psychiatrie tél. 022 / 382 48 70 |
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Principaux symptômes
Pour l'anorexie Frayeur intense de prendre du poids, restrictions alimentaires draconiennes (élimination du pain, des pâtes, des pommes de terre, des graisses, des protéines), perte d'au moins 15% du poids initial et refus de se maintenir au-dessus du minimum requis, disparition des règles. Pour la boulimie (conjuguée à l'anorexie dans 50 à 60% des cas) Obsession extrême face au poids, épisodes de gavage (jusqu'à 10'000 calorie d'un coup) souvent suivis de vomissement, prise de laxatifs ou de diurétiques, sentiment de honte, de dévalorisation, après ces épisodes. Diagnostic Refus de maintenir le poids corporel au niveau ou au-dessus d'un poids minimum normal pour l'âge et pour la taille (p. ex., perte de poids conduisant au maintien du poids à moins de 85% du poids attendu, ou incapacité à prendre du poids pendant la période de croissance conduisant à un poids inférieur à 85% du poids attendu). Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, alors que le poids est inférieur à la normale. Apparition de rituels et d'habitudes alimentaires particulières accompagnés d'exercices excessifs et d'un retrait social et émotif. Altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps, influence excessive du poids ou de la forme corporelle sur l'estime de soi, ou déni de la gravité de la maigreur actuelle. Chez les femmes post-pubères, aménorrhée, c'est-à-dire absence d'au moins trois cycles menstruels consécutifs. (Une femme est considérée comme aménorrhéique si ses règles ne surviennent qu'après administration d'hormones, par exemple d'œstrogènes.) Conseils Conseils aux parents et à l'entourage
Les troubles de l'alimentation peuvent affecter n'importe qui, peu importe la race, le groupe ethnique ou l'âge, mais ils sont beaucoup plus fréquents chez la femme (90% à 95%). Ces femmes succombent à la recherche effrénée de l'idéal minceur - un souci qui devient une véritable obsession et donne lieu à de graves troubles alimentaires, comme l'anorexie nerveuse (aussi appelée anorexie mentale) et la boulimie. L'anorexique est très secrète sur ses habitudes alimentaires et souvent ne réalise pas qu'elle a un problème. Elle trouve habituellement toutes sortes de prétextes pour ne pas manger avec d'autres personnes. Si elle doit le faire, elle ne consomme que les aliments qui contiennent très peu de calories. Elle adopte souvent certains rituels comme couper sa nourriture en petits morceaux ou mâcher un certain nombre de fois. Elle se pèse souvent et porte des vêtements amples pour camoufler son apparence. Prévenir les troubles La prévention des troubles alimentaires est non seulement parsemée d'embûches, elle comporte aussi des risques et elle s'est rarement avérée efficace. Certains en questionnent même le bien-fondé. Mais peut-on demeurer inactif? Évidemment non, si on considère que ces troubles se situent dans l'axe d'une progression, que le traitement des cas établis n'est pas un moyen de contrôle efficace et que la fréquence des cas cliniques et subcliniques demeure élevée. Ainsi, une étude auprès d'étudiantes d'université révèle que parmi celles répondant aux critères d'un trouble alimentaire aucune n'a cherché à obtenir de l'aide. En plus, les étudiantes entre 18 et 21 ans, qui présentent certains symptômes de boulimie, souffrent de leur condition, tant socialement que psychologiquement, même si elles ne satisfont par à tous les critères de diagnostic. Nous devons donc attaquer la prévention de front, tout en demeurant conscients des défis qu'elle présente. Svelte à tout prix Nos modèles culturels sanctionnent des comportements reliés aux troubles alimentaires : privation, régime et même purge occasionnelle. Ils sont difficiles à combattre. Notre culture prône des attitudes qui favorisent les troubles alimentaires. Ainsi, l'accent mis sur la minceur au détriment de la santé peut se révéler dévastateur pour des jeunes en pleine croissance. On tolère aussi fort mal les changements qui surviennent chez la femme lors des menstruations telle la rétention d'eau ou durant la grossesse. Avec de telles attitudes, pouvons-nous espérer que les adolescentes acceptent les transformations qui sont le lot de la puberté ? Savoir s'estimer Les troubles alimentaires s'accompagnent d'un manque de valorisation personnelle. Comment les adolescentes réagissent-elles face au statut inférieur des femmes dans leur milieu ou au rôle secondaire que jouent souvent leurs mères dans leurs relations personnelles? Des recherches démontrent que, vers l'âge de 11 et 12 ans, les filles refoulent plusieurs aspects de leur personnalité, souffrent d'incertitude quant à leur identité, leurs attitudes, leurs valeurs et leurs opinions et manifestent peu d'estime à l'égard d'elles-mêmes. Le corps parfait : une illusion "Tu prends plaisir à avoir faim ? Cela te fait plâner ? Tu ne manges plus spontanément ? Tu tires gloire et jubilation de chaque amaigrissement ? Le souci de la nourriture et de son évacuation t'obsède-t-il ? T'arrive-t-il souvent de t'empiffrer sans contrôle et ensuite de te faire vomir aux toilettes, les deux doigts au fond de la gorge ?" "Tu grignotes des portions infimes de nourriture ? Tu mâchonnes sans fin ? Tu fais de l'anorexie mentale." "Tu collectionnes les recettes. Tu es béate devant les étalages de nourriture. tu classes les aliments selon leurs valeurs caloriques. Les courbes grasses te révulsent. Tu es souvent sur la balance pour gémir intérieurement sur tes scores médiocres. Tes joues se creusent, tes seins et tes fesses fondent. Tes yeux s'enfoncent dans tes orbites. Tes membres sont filiformes. Tes cheveux sont secs. Tes ongles, striés et cassants. Tu es constipée. Tes extrémités sont froides. Tes dents se dégradent. Tu n'es jamais fatiguée. Tu cherches à sculpter ton corps en le réduisant. Ton coeur bat lentement." "Tu perds tes amis. Tu évites les relations sexuelles avec tes copains. Tu désires que tes parents ne se mêlent pas de ce que tu manges. Tu aimes la solitude. Tu restes assez bonne élève." "Et lorsque quelqu'un se hasarde à te dire que tu es malade, tu l'envoyes paître et lui dîtes de se mêler de ses affaires." "Tu surfes sur la Toile et voici des centaines de sites qui valorisent ton art de vivre. Anorexic Nation, The Perfect Body, Fading Into Obscurity (=se fondant dans l'obscurité) te confirment dans la pratique qui te consume lentement et sûrement : "J'aime sentir mes os saillir. J'aime me sentir vide. J'aime me dire que j'ai tenu toute une journée sans manger. J'aime perdre du poids." Voici qu'au lieu de te gronder ou de t'aider dans ta façon de t'alimenter, des conseils pour maigrir te sont prodigués. "Quand vous mangez avec vos parents, faites semblant de tousser et mettez la nourriture dans votre poing; dès qu'ils ont le dos tourné, jetez tout dans la poubelle ou le pot à fleurs. (…) Buvez un verre d'eau tous les quarts d'heure pour tromper votre faim." Tu te sens enfin comprise et confortée." "Une adolescente sur 200 est frappée par cette maladie dans les pays occidentaux et une adolescente sur douze en meurt." "Le 26 juin dernier, l'Anad (Association américaine contre l'anorexie et la boulimie) demande à Yahoo de retirer 115 sites promouvant l'anorexie mentale. Le portail dissout 21 sites et tous les forums ou clubs de discussion tournant autour de l'anorexie mentale. Des contre-sites (hostiles à l'anorexie) voient le jour : comme Scared." "Dans cette guerre des sites, le seul perdant est l'adolescente anorexique." Des chiffres L'anorexie 1% des adolescentes présentent des formes d’anorexie. L’anorexie concerne 9 filles pour un garçon. Elle se manifeste à l’adolescence, entre 15 et 18 ans notamment. 80% des anorexiques reprennent un poids normal, 70% ont de nouveau leurs règles, 50% continuent à avoir des difficultés psychologiques, 13% ont une anorexie chronique et 7 à 8% meurent des suites de la maladie ou d’un suicide. 75% des mères d’anorexiques ont fait une dépression dans l’année précédent l’anorexie de leur fille. 50% des anorexiques interrogés font état d’abus sexuels dont elles auraient été victimes dans leur enfance. L’anorexie mentale est 10 fois plus fréquente chez les danseuses. La boulimie 2% des adolescentes souffrent de boulimie. C’est une maladie à 90% féminine. La boulimie se manifeste à l’âge de 19 ans. La valeur calorique moyenne d’une boulimie a été évaluée à 3.500 calories et peut aller jusqu’à 10.000 et plus. Le nombre de crise de boulimies peut aller jusqu’à 10 par jour. Certains médicaments antidépresseurs permettent dans 20 à 60% des cas de juguler les boulimies. 75% des boulimiques interrogés font état d’abus sexuels dont elles auraient été victimes dans leur enfance. Images du corps Les adolescentes se déclarent grosses dans 60% des cas, obèses dans 5%. Seules 20%, d’entre elles sont satisfaites de leur corps. 90% d’entre elles montent sur la balance plusieurs fois par mois, 15% plusieurs fois par jour. A 14 ans, 33% des filles déclarent avoir déjà fait un régime. Le craving De l’anglais « to crave for » : être affamé de quelque chose. Terme déjà utilisé par l’OMS (organisation mondiale de la santé) dans les années 50 pour désigner certains abus et comportements alcooliques. Il a pris corps chez nos adolescentes au début des années 90. Le craving est une envie de manger un aliment précis. Un tiers des femmes et 10% des hommes font du craving. Aliment préféré : le chocolat. Après avoir mangé, les 2 tiers des craveurs disent se sentir mieux, mais 11% des femmes et 2% des hommes affirment se sentir moins bien. |